Foresterie, exploitation forestière et activités de soutien (SCIAN 113, 1153): Québec, 2025
Faits saillants
En termes d'emplois, le Québec est la deuxième province en importance au sein de l'industrie de la foresterie et de l'exploitation forestière au pays ; les activités de ce regroupement sont un pilier économique pour certaines municipalités, souvent éloignées des grands centres urbains.
Au fil des années, d'importants investissements en technologie ont modifié le portrait des entreprises de ce regroupement, y améliorant la productivité et la sécurité.
Pour l'horizon 2025-2027, le niveau d'emploi du regroupement devrait enregistrer une faible décroissance.
À propos du secteur
Composition et importance du secteur
L'industrie de la foresterie et de l'exploitation forestière comprend les établissements dont l'activité principale est la production et la récolte du bois ayant un long cycle de croissance (dix ans ou plus). Elle inclut l'exploitation de terres à bois en vue de la vente de bois debout, les pépinières forestières ainsi que la coupe et le transport du bois en forêt. Les activités de soutien à la foresterie sont variées et incluent notamment le reboisement.
Comme 92 % des forêts sont sur des territoires publics, et donc, sous la responsabilité de l'État, les récoltes de bois sont majoritairement assujetties à la Loi sur l'aménagement durable du territoire forestier (ou " nouveau régime forestier "). Le Forestier en chef détermine les possibilités forestières, lesquelles correspondent au volume maximum des récoltes annuelles pouvant être prélevées dans chacune des régions économiques du Québec. Plusieurs des grandes entreprises de fabrication de produits en bois ont leur propre division de récolte en forêt afin de s'assurer de la qualité et de la quantité de leur principale matière première. La quasi-totalité des entreprises de ce regroupement comptent moins de 50 employés et un peu plus de 80 % en comptent moins de dix.
À l'échelle provinciale, ces industries employaient en moyenne 11 100 personnes de 2022 à 2024, ce qui représente 0,2 % des emplois de la province et 26 % de ceux de ces industries au Canada, faisant du Québec la seconde province en importance dans ce secteur, après la Colombie-Britannique (36 %).
Au Québec, en 2024, les exportations forestières s'élevaient à environ 18,7 M$, un niveau similaire à celui de 2023. La part des exportations destinées aux États-Unis était en baisse, passant de 93 % en 2023 à 88 % en 2024. Toujours en 2024, ce regroupement contribuait au produit intérieur brut (PIB) aux prix de base de la province à hauteur d'environ 0,2 %.
Répartition géographique de l'emploi
Les activités forestières sont réparties sur le territoire et cette filière représente un pilier économique pour plusieurs municipalités, souvent plus éloignées des grands centres. Ensemble, les régions du Saguenay–Lac-Saint-Jean, de la Côte-Nord et du Nord-du-Québec regroupent 27 % de l'emploi, celles de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches représentent 22 %, tandis que l'Abitibi-Témiscamingue et l'Outaouais comptent pour 18 %.
Tableau 1 Emploi par région
| Région | Emploi moyen 2022-2024 |
Part de l'emploi total |
|---|---|---|
| Canada | 42 100 | 0,2 % |
| Québec | 11 100 | 0,2 % |
| Ontario | 5 200 | 0,1 % |
| Colombie-Britannique | 15 300 | 0,5 % |
Main-d'uvre
Caractéristiques de la main-d'uvre
Dans ce secteur, 88,0 % des emplois sont occupés par des hommes. La situation y est donc très différente de celle que l'on retrouve en moyenne dans l'ensemble des industries (52,5 %).
La main-d'uvre y est aussi nettement plus âgée que dans les autres industries. Ainsi, alors que la proportion de jeunes de 15 à 24 ans est de 13,3 % pour l'ensemble des industries, cette catégorie d'âge est très peu présente dans ce secteur. À l'opposé, 29,7 % des travailleurs de la foresterie ont 55 ans et plus, une proportion nettement plus élevée qu'en moyenne dans les industries (21,7 %).
Le pourcentage d'emplois à temps plein est très élevé (92,7 % contre 81,7 % pour l'ensemble des industries). Bien que la majorité des travailleurs soient des employés (78,7 %), on y retrouve proportionnellement près du double de travailleurs autonomes que dans l'ensemble des industries (21,3 % versus 11,1 %). En raison des importantes difficultés qu'a connues le secteur au cours des dernières années, cette proportion est toutefois en diminution alors que, selon toute vraisemblance, certains travailleurs autonomes ont préféré se trouver une occupation plus stable ou plus rentable dans un autre secteur industriel.
Malgré les améliorations technologiques, les emplois demeurent exigeants physiquement et demandent de travailler dans des environnements souvent difficiles d'accès. Les emplois sont aussi relativement spécialisés. Les trois principales professions regroupent, à elles seules, près du tiers des travailleurs.
Tableau 2 Principales professions du secteur
| Profession | Emploi 2021 | Part du secteur |
|---|---|---|
| 83110 Conducteurs/conductrices de machines d'abattage d'arbres | 1 300 | 12,1 % |
| 84111 Ouvriers/ouvrières en sylviculture et en exploitation forestière | 1 095 | 10,2 % |
| 84110 Opérateurs/opératrices de scies à chaîne et d'engins de débardage | 985 | 9,2 % |
| 22112 Technologues et techniciens/techniciennes en sciences forestières | 755 | 7,0 % |
| 82010 Surveillants/surveillantes de l'exploitation forestière | 620 | 5,8 % |
Évolution récente
Comme l'illustre le graphique 1, l'emploi a enregistré des variations importantes depuis 2014, ce qui peut toutefois être relié en partie au faible volume d'emplois qui rend les données plus volatiles. Les mouvements sont aussi intensifiés par l'importante proportion de travailleurs autonomes pouvant intégrer ou quitter rapidement ce secteur. Toutefois, le volume d'emplois au sein de ce regroupement dépend principalement du dynamisme de la fabrication des produits en bois, plus particulièrement de la demande en provenance des scieries, ainsi que du prix d'achat offert aux producteurs. Or, la combinaison de différents facteurs a contribué à rendre les dernières années difficiles pour toute la filière forestière.
En effet, au cours de 2022, une baisse de la demande a entraîné une diminution de prix pour le bois d'uvre qui avait atteint des sommets au cours de l'année précédente. Cette tendance s'est poursuivie en 2023 alors que, malgré d'importants besoins en logement tant au Canada qu'aux États-Unis qui comptent pour environ 30 % des ventes de la fabrication de produits du bois, le nombre de mises en chantier diminuait, freiné par la forte inflation et la hausse des taux d'intérêt. Les stocks se sont donc accumulés et les prix ont chuté, ce qui a contraint les scieries à réduire leurs frais et à ajuster leur production à la baisse. La demande pour le bois rond a donc diminué et les activités de récolte en forêt ont ralenti, ce qui s'est traduit par des pertes d'emplois et une baisse de revenus pour les producteurs forestiers.
En plus de revenus à la baisse, les producteurs ont aussi été confrontés à une augmentation des coûts reliée notamment à un taux d'inflation élevé. La forte hausse de prix du diésel a eu une incidence particulièrement importante, augmentant les coûts des récoltes et du transport du bois. Certaines régions ont aussi eu l'obligation de récolter une partie des forêts infestées par la tordeuse des bourgeons d'épinette, et de respecter de nouvelles aires protégées. Comme la matière première peut alors devenir moins accessible, et que la machinerie doit être déplacée plus fréquemment, cela entraîne souvent des hausses de coûts. De plus, à l'été 2023, plusieurs régions, notamment le Saguenay–Lac-Saint-Jean, l'Abitibi-Témiscamingue ainsi que le Nord-du-Québec, ont eu à subir les conséquences négatives d'importants feux de forêt. L'accès aux forêts étant interdit, les activités ont dû être mises en pause pendant une période, réduisant les revenus. Des mesures gouvernementales ont été mises en place afin de soutenir cette industrie, mais toutes ces difficultés ont tout de même fragilisé le secteur.
La situation économique ne s'est pas améliorée au cours de l'année 2024, mais l'absence d'importants feux de forêt a contribué à une hausse de l'emploi. Cette reprise a toutefois été partielle, le niveau d'emploi de 2024 étant demeuré plus faible que celui de 2022. La fermeture, permanente ou non, de certaines scieries y est certainement pour quelque chose. De plus, à la fin de l'année, le gouvernement américain menaçait d'ajouter des tarifs sur toutes les exportations vers les États-Unis, tarifs qui se seraient ajoutés à ceux déjà exigés en lien avec le conflit du bois d'uvre. L'incertitude qui en a résulté a exercé une influence négative sur la demande.
Les investissements du secteur ont été très faibles en 2024, ce qui pourrait s'expliquer par les importantes difficultés du secteur qui ont grandement grugé les liquidités et les revenus.
| 2015 | 2016 | 2017 | 2018 | 2019 | 2020 | 2021 | 2022 | 2023 | 2024 | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| PIB réel | 100 | 95 | 93 | 96 | 96 | 81 | 77 | 68 | 70 | 70 |
| Emploi | 100 | 83 | 115 | 142 | 148 | 139 | 149 | 126 | 101 | 113 |
Perspectives d'emploi
Selon nos prévisions, le niveau d'emploi au sein du regroupement de la foresterie, de l'exploitation forestière et des activités de soutien à la foresterie devrait enregistrer une légère décroissance sur l'horizon de prévision.
Le secteur de la récolte en forêt a été fortement malmené au cours des dernières années. Cela a laissé une marge de manuvre limitée pour les entrepreneurs, ce qui transparaît d'ailleurs dans les intentions d'investissement pour 2025. Après deux années difficiles, le manque de liquidités devient un grave problème.
Le marché s'est toutefois déjà ajusté en grande partie à la faiblesse des prix et à la baisse de la demande. Faute de pouvoir survivre dans le contexte des dernières années, certaines scieries ont déjà définitivement cessé leurs activités. De grandes entreprises ont également dû se résoudre à concentrer leurs activités, fermant certaines de leurs usines afin de permettre aux autres de subsister en attendant que la situation s'améliore. La baisse de la demande qui en a résulté s'est répercutée sur les activités de récolte en forêt et la situation risque de demeurer tendue dans un futur rapproché. En effet, bien que le secteur forestier soit majoritairement épargné par les nouveaux tarifs appliqués par l'administration Trump, les frais liés au conflit du bois d'uvre sont toujours appliqués et ont été réajustés à la hausse. Ces taux ont plus que doublé, passant de 14,54 % à 35,19 % à l'été 2025, réduisant du même coup la compétitivité des scieries québécoises et canadiennes.
Au début de la période de prévision, l'incertitude pourrait notamment retarder les exportations vers les États-Unis alors que les gens attendront de voir comment la situation évolue avant de se lancer. Avec une demande difficile à prévoir, les scieries pourraient vouloir limiter l'accumulation de stocks, réduisant du même coup le rythme de récolte en forêt. Les travailleurs autonomes seront vraisemblablement affectés alors que les entreprises essaieront de maintenir leurs effectifs afin de ne pas perdre leur main-d'uvre spécialisée et difficile à remplacer.
La situation devrait toutefois s'améliorer légèrement un peu plus tard au cours de la période. En effet, les importants besoins reliés au logement et la baisse des taux d'intérêt devraient créer une reprise graduelle de la construction, tant au Canada qu'aux États-Unis. Du côté des exportations, la hausse des tarifs punitifs augmentera cependant le coût du bois d'uvre en provenance du Québec, ce qui viendra réduire l'effet positif qu'aura la baisse de taux d'intérêt sur la construction. En théorie, ces frais sont assumés par les clients américains, mais l'industrie québécoise pourrait devoir en absorber une partie afin de conserver ses parts de marché. Malgré l'insécurité et la hausse des coûts, les besoins en logement sont tellement criants qu'une augmentation de la construction résidentielle reste néanmoins à prévoir chez nos voisins. La demande en provenance des scieries devrait remonter lentement afin de refaire les inventaires, stimulant l'emploi en forêt, et lui permettant de récupérer en partie les pertes subies en début de période. Une portion de la hausse de la demande sera cependant comblée par une augmentation des heures travaillées, surtout chez les travailleurs autonomes, ce qui limitera la reprise. Un certain repli de l'emploi devrait donc demeurer d'ici la fin de la période de prévision, et se maintenir tant que la construction n'aura pas repris plus de vigueur.
Il subsiste encore aussi beaucoup d'incertitude en lien avec les possibilités forestières que ce soit en raison de potentielles nouvelles aires protégées, de la tordeuse des bourgeons d'épinette ou autres. Pour l'instant, la guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada semble avoir relégué au second plan la mise en place d'une stratégie sur la protection du caribou, mais ce projet pourrait aussi renaître si le climat économique s'améliore. La limitation des zones disponibles à la coupe forestière peut affecter négativement la rentabilité. En effet, si la récolte doit se faire dans des endroits difficilement accessibles, plus éloignés ou avec une moins forte densité, les coûts de récolte augmentent alors que les revenus demeurent les mêmes.
En raison de son importance pour l'économie québécoise et pour plusieurs municipalités, les gouvernements du Canada et de la province continueront à soutenir la filière forestière. Déjà élevés au cours des dernières années, des investissements gouvernementaux encore plus importants ont été annoncés pour les trois prochaines années afin notamment de répondre aux menaces d'augmentation des tarifs. Des changements sont également proposés au régime forestier. S'il est adopté, le nouveau projet de loi apportera plus de prévisibilité pour les entreprises de fabrication et diminuera les coûts de récolte de la matière première, ce qui serait positif pour la récolte en forêt.
De plus, avec la prise de conscience des conséquences des changements climatiques et les menaces qui planent sur les forêts qui sont appelées à être plus fréquemment observées (feux, sécheresses, maladies, insectes...), les gouvernements poursuivront leurs investissements afin de pouvoir s'assurer d'un approvisionnement futur. Cela favorisera entre autres les services de reboisement et les pépinières forestières, de même que les services de lutte contre les incendies de forêt.
Pour plus d'information
Les auteurs ont pris un soin particulier à rédiger ce document en fondant leurs recherches sur des informations sur le marché du travail qui étaient exactes et pertinentes au moment de la publication. Le marché du travail étant en évolution constante, les données fournies peuvent avoir changé depuis la publication de ce document. Nous encourageons les lecteurs à consulter d'autres sources pour obtenir des renseignements supplémentaires sur l'économie et le marché du travail locaux. Les renseignements présentés dans ce document ne reflètent pas nécessairement les politiques officielles d'Emploi et Développement social Canada.
Préparé par : Direction de l'analyse du marché du travail, Service Canada, Québec. Pour de plus amples informations, veuillez communiquer avec l'équipe de l'IMT
Annexe
Tableau A1
Répartition géographique de l'emploi et perspectives d'emploi au Québec, moyenne 2022-2024
| Foresterie, exploitation forestière et activités de soutien | |||
|---|---|---|---|
| Région | Part de l'emploi au Québec |
Part de l'emploi dans la région |
TCAM* |
| Ensemble du QUÉBEC | 100,0 % | 0,2 % | −8,6 % |
Tableau A2
Caractéristiques de la main-d'uvre au Québec, moyenne 2022-2024
| Foresterie, exploitation forestière et activités de soutien | |||
|---|---|---|---|
| Caractéristique | Volume | Part dans le secteur | Part dans l'ensemble des secteurs |
| Emploi total | 11 100 | 100,0 % | 100,0 % |
| Hommes | 9 800 | 88,0 % | 52,5 % |
| Femmes | x | x | 47,5 % |
| 15-24 ans | x | x | 13,3 % |
| 25-54 ans | 6 900 | 61,9 % | 65,0 % |
| 55 ans et plus | 3 300 | 29,7 % | 21,7 % |
| Emploi à temps plein | 10 300 | 92,7 % | 81,7 % |
| Emploi à temps partiel | x | x | 18,3 % |
| Employé | 8 700 | 78,7 % | 88,9 % |
| Travailleur autonome | 2 400 | 21,3 % | 11,1 % |
| Aucun diplôme | x | x | 9,4 % |
| Diplôme d‘études secondaires | x | x | 17,4 % |
| Certificat ou diplôme d'études postsecondaires | 3 200 | 51,6 % | 41,3 % |
| Grade universitaire | x | x | 31,9 % |
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